13-3-2018 « Je suis déçu pour Marie mais… »

Marie a chuté sur l’avant-dernière porte; la course est terminée. Le silence s’est fait dans la tribu Bochet. Une sorte de stupeur et d’incrédulité marque les visages. Chaque membre de la tribu ressent soudain autre chose que ce qu’il s’apprêtait à éprouver. La joie désinvolte était un état basique que l’élimination a provisoirement secoué.

Dans la tribu, tout le monde est déçu. Tout le monde est triste. Pour Marie. La déception et la tristesse de Marie sont au premier plan. On est déçu pour Marie, de la savoir déçue. On est triste de la savoir triste.

Marie, première skieuse à s’élancer, première skieuse à sortir, après l’ouvreur de la course, sorti lui aussi au même endroit. D’autres suivront. Les deux skieuses qui enchaînent après elle seront à deux doigts de pied de sortir, sur la même porte. Dans les courses qui suivent, debout, en fauteuil, c’est la même histoire, on applaudit celles et ceux qui finissent et même, avant de finir, celles et ceux qui passent cette porte, dans la ligne droite, à 80 m de l’arrivée. Et on est content pour eux, pour elles. Peu importe leur classement ou leur nationalité.28943823_10156393901588028_1942161498_o

« La voir tomber ça fout un coup » (Hugo). On ne cherche pas d’excuses, à la rigueur des explications « qu’est-ce qui s’est passé?« . Gaby, l’entraîneur-repère, celui en qui Marie a confiance, celui qui la met en confiance: « Elle engageait, ça allait très vite, la piste était beaucoup plus rapide que prévu. C’est la course, faut pas chercher d’excuses. C’est comme ça. Elle a raté, on passe à autre chose. »

Et on passe à autre chose parce qu’on est déçu pour Marie mais

Mais elle a fait une belle course. Elle a fait « un bon ski« . « Elle aime bien engager, elle a engagé plus que les autres » (Théophane). « Elle a fait un super début de course (Sébastien)

Mais « elle m’a bluffé sur la première partie de la course, c’est vraiment un beau ski » (Hugo).

Mais « Elle a super bien skié sur le haut » (Thibault). « Elle a donné tout ce qu’elle a pu « (Philippe).

« Mais elle était superbement groupé, c’était un très très bel exercice. Elle a fait un joli ski« . (Isabelle) Elle a bien skié. Elle n’a pas triché. Elle s’est engagée… On est déçu mais elle était là et elle a donné ce qui fallait. Elle a fait une faute.

Mais ce n’est que du sport, « on dit ça pour relativiser peut-être, pour pas être trop triste mais c’est du sport, ça montre aussi que Marie n’est pas invincible, ses médailles elle va les chercher, gagner c’est pas quelque chose de naturel » (Alice, la soeur) Et puis, ça arrive à tout le monde, « la grande américaine Lyndsey Vonn est sortie, Marcel Hirchser est sorti, Martin Fourcade a raté des cibles. Je crois que c’est ce que je vais lui dire. » (Françoise, la mère) Et puis, « il y a toujours quelque chose qui nous échappe dans une compétition » (Lydie, la tante)

« Mais bon, elle ne s’est pas fait mal c’est tout » (Sébastien)

« Mais c’est pas grave, un jour une course » (Agnès)

« Mais faut bien en laisser aux autres » (Côme)

« Mais on l’aime quand même » (Alexane)

« Mais on sait ce qu’elle vaut » (Thomas)

On est déçu mais « c’est maintenant qu’il faut que ses proches soient là. Quand elle gagne, c’est facile d’être là. » (Thomas) « On est là pour la prendre dans les bras les jours ou c’est moins facile« . (Alice).

Le réconfort passe par le corps d’abord. Et les yeux qui se rencontrent, ceux de Marie plein de larmes, ceux d’Yvon dont le regard accueille la peine de la fille. Yvon, le père qui la serre longtemps quand elle remonte dans les tribunes, corps à corps, Yvon qui assimile et dissout ses pleurs à elle. Lui qui dit après: « la déception c’est la déception de Marie. Nous on est là pour corriger sa déception. C’est la première fois en trois jours que je me suis senti utile. Elle est venue [dans les tribunes] en pleurant, elle est repartie en souriant ».28928726_10156394403933028_1190723554_o

Les regards encore, de ceux de la tribu. Respectueux, pudiques. Les paroles, réconfortantes mais justes des gens qui comptent et qui sont là. Et les corps encore, les mains qui se posent sur l’épaule, dans le dos.28943255_10156394385828028_1394029954_o.jpg

Dans le dernier billet, Marie partageait sa joie au Beaufort.

Aujourd’hui c’est au Beaufort qu’elle retrouve le sourire. Entourée des siens. Jusqu’au sourire. Jusqu’à demain. Où il fera jour.

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Et puis, pour la tribu Bochet, « il y a d’autres personnes à soutenir » (Alice). Il y a Jordan, il y a Arthur, il y a Yohann, il y a Frédéric… Et il reste une manche

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